Le principe de la règle des 4 %

La règle des 4 % est la pierre angulaire du mouvement FIRE. Elle répond à une question essentielle : combien puis-je retirer chaque année de mon patrimoine sans risquer de le voir s'épuiser avant ma mort ?

Son fonctionnement :

  1. la première année, vous retirez 4 % de la valeur de votre portefeuille ;
  2. les années suivantes, vous retirez le même montant revalorisé de l'inflation, quelle que soit l'évolution des marchés.

Avec un portefeuille de 600 000 €, vous retirez 24 000 € la première année. Si l'inflation est de 2 %, vous retirez 24 480 € la deuxième année, et ainsi de suite. Inversement, pour connaître le capital nécessaire, il suffit de multiplier ses dépenses annuelles par 25 (1 ÷ 4 %). Notre simulateur FIRE applique ce calcul et permet de faire varier le taux.

D'où vient-elle ? L'étude Trinity

Le concept de taux de retrait sûr (safe withdrawal rate) a été formalisé par le conseiller financier américain William Bengen en 1994, puis popularisé par l'étude Trinity, publiée en 1998 par trois professeurs de l'université Trinity au Texas.

Les chercheurs ont testé, sur les données historiques des marchés américains depuis 1926, différents taux de retrait et différentes compositions de portefeuille. Leur conclusion : avec un portefeuille composé de 50 à 75 % d'actions, un retrait initial de 4 % revalorisé de l'inflation a permis de tenir 30 ans dans environ 95 % des cas. Dans de nombreux scénarios, le capital avait même augmenté au bout de 30 ans.

Pourquoi la nuancer pour une retraite anticipée

La règle des 4 % est un repère utile, pas une garantie. Plusieurs limites doivent être prises en compte, en particulier pour un FIRE en France :

  • Un horizon de 30 ans seulement : l'étude visait des retraités partant vers 65 ans. Une personne qui arrête de travailler à 40 ans doit financer 45 ans ou plus, ce qui fait baisser le taux de retrait sûr.
  • Des données américaines : le marché américain a été l'un des plus performants du XXe siècle. Les études menées sur d'autres pays, dont la France, aboutissent à des taux sûrs plus faibles.
  • Pas de frais ni d'impôts : l'étude ignore les frais de gestion et la fiscalité. En France, les retraits sur un compte-titres supportent la flat tax de 31,4 % sur la part de plus-values.
  • Des rendements futurs incertains : les valorisations boursières et les taux d'intérêt actuels ne sont pas ceux du passé.

Quel taux de retrait choisir ?

Taux de retraitMultiple des dépensesProfil adapté
4 %25 ×Retraite classique (30 ans), forte flexibilité des dépenses, pension attendue
3,5 %28,6 ×Retraite anticipée vers 50 ans, compromis courant chez les adeptes du FIRE
3,25 %30,8 ×Retraite très anticipée, portefeuille concentré
3 %33,3 ×Horizon de 50 ans ou plus, faible tolérance au risque

Pour 2 500 € de dépenses mensuelles (30 000 € par an), le capital nécessaire passe de 750 000 € à 4 % à 1 000 000 € à 3 %. L'écart est considérable : le choix du taux est aussi important que le rendement espéré. Le simulateur Fat FIRE compare automatiquement plusieurs taux de retrait.

À noter : la pension de retraite perçue à l'âge légal réduit le besoin de retraits en fin de vie, ce qui permet de s'autoriser un taux un peu plus élevé dans les premières années. C'est la logique du Coast FIRE.

Le risque de séquence des rendements

Le principal danger pour un retraité FIRE n'est pas un rendement moyen trop faible, mais l'ordre dans lequel surviennent les bonnes et les mauvaises années. Un krach de 40 % la première année de retraite oblige à vendre des actifs au plus bas pour vivre : le capital restant ne profitera pas pleinement du rebond. Le même krach survenant 20 ans plus tard a beaucoup moins d'impact.

Deux portefeuilles ayant exactement le même rendement moyen sur 30 ans peuvent ainsi connaître des destins opposés selon la séquence des rendements. C'est la raison pour laquelle les premières années de retraite sont les plus critiques.

Les stratégies de retrait flexibles

Pour réduire le risque de séquence, plusieurs stratégies complètent la règle des 4 % :

  • La réserve de trésorerie : conserver un à trois ans de dépenses en épargne sans risque (Livret A, fonds euros d'assurance vie) pour ne pas vendre d'actions en période de baisse.
  • Les garde-fous (méthode Guyton-Klinger) : réduire les retraits de 10 % lorsque le taux de retrait effectif dépasse un seuil, et les augmenter lorsque le portefeuille progresse fortement.
  • Le retrait en pourcentage fixe : retirer chaque année 4 % de la valeur actuelle du portefeuille. Le capital ne s'épuise jamais, mais le revenu varie d'une année à l'autre.
  • Le revenu d'appoint : quelques centaines d'euros de revenus d'activité par mois améliorent nettement la probabilité de succès. C'est le principe du Barista FIRE.
  • La renonciation à la revalorisation après une mauvaise année : ne pas indexer ses retraits sur l'inflation l'année qui suit une baisse des marchés.

Questions fréquentes

Elle a été établie sur des données américaines. Avec un portefeuille diversifié mondialement, elle reste un repère raisonnable pour 30 ans, mais beaucoup d'investisseurs français visant une retraite anticipée retiennent un taux de 3 à 3,5 % par prudence.

Oui. Le taux de retrait s'applique au montant brut retiré : il faut donc y ajouter les impôts dus sur la part de plus-values. Sur un PEA de plus de 5 ans, seuls les prélèvements sociaux s'appliquent, ce qui limite l'impact.

C'est le risque de séquence. Pour le limiter, conservez une réserve de trésorerie d'un à trois ans de dépenses, réduisez temporairement vos retraits, ou complétez vos revenus par une activité ponctuelle.

L'étude Trinity montre les meilleurs résultats avec 50 à 75 % d'actions. Un portefeuille trop prudent, majoritairement en obligations ou en fonds euros, ne rapporte pas assez pour soutenir 4 % de retraits revalorisés pendant 30 ans.

Testez différents taux de retrait

Comparez le capital nécessaire et votre âge d'indépendance financière à 3 %, 3,5 % ou 4 %.

Simulateur FIRE Simulateur Fat FIRE