Personne ne compare trois devis le lendemain d'un décès. C'est pourtant à ce moment-là, en quelques heures et sous le coup de l'émotion, que la plupart des familles engagent une dépense de plusieurs milliers d'euros. Le secteur le sait : les conseillers funéraires proposent des « formules », des cercueils en chêne massif et des capitons brodés à des gens qui n'ont ni le temps ni le cœur de discuter.

Savoir à l'avance ce que coûtent vraiment des obsèques, ce qui est imposé par la loi et ce qui ne l'est pas, c'est la meilleure façon de ne pas payer le double. Voici la facture décortiquée, poste par poste, puis les aides et les règles pour la régler.

La facture type, poste par poste

Les prix ci-dessous correspondent à des prestations de niveau courant, hors Île-de-France, tels qu'on les retrouve sur les devis des opérateurs funéraires. Ce sont des ordres de grandeur : d'une agence à l'autre, dans la même ville, l'écart dépasse souvent 30 %.

Inhumation, caveau neuf
Cercueil et accessoires1 500 €
Transport, mise en bière, soins800 €
Cérémonie et personnel600 €
Concession de cimetière (30 ans)1 200 €
Caveau neuf2 500 €
Monument et gravure1 500 €
Fleurs350 €
Avis de décès, faire-part250 €
Total8 700 €
Crémation
Cercueil et accessoires1 500 €
Transport, mise en bière, soins800 €
Cérémonie et personnel600 €
Crémation (crématorium)600 €
Urne200 €
Fleurs350 €
Avis de décès, faire-part250 €
Total4 300 €

Le premier chiffre surprend. Il s'explique presque entièrement par le cimetière : la concession, le caveau et le monument pèsent ensemble plus de la moitié de la facture. Une inhumation en pleine terre, sans caveau ni pierre tombale dans l'immédiat, ramène le total vers 4 700 €, au niveau d'une crémation. Et lorsque la famille possède déjà un caveau, il ne reste qu'à payer son ouverture et la gravure d'un nom.

Pour un calcul à votre situation (région, type d'obsèques, niveau de prestation, caveau existant ou non), utilisez le simulateur du coût des obsèques.

Ce que la loi impose, et tout le reste

La liste des obligations est courte. Il faut un cercueil, muni d'une plaque d'identité, et il faut soit une inhumation, soit une crémation, réalisée par un opérateur habilité, entre 24 heures et 14 jours calendaires après le décès (le préfet peut porter ce délai à 21 jours en cas de circonstances locales particulières). Les démarches administratives, la mise en bière et la fermeture du cercueil complètent le socle.

Tout le reste est un choix. Les soins de conservation (la « thanatopraxie ») ne sont pas obligatoires dans le cas général, même s'ils sont souvent présentés comme allant de soi. La cérémonie, le maître de cérémonie, les porteurs supplémentaires, le capiton, les fleurs, les faire-part, l'avis dans le journal local : rien de tout cela n'est exigé. Un cercueil en pin à quelques centaines d'euros remplit exactement la même fonction qu'un modèle en chêne à 3 000 €.

Pour s'y retrouver, la loi oblige les opérateurs à remettre un devis gratuit et détaillé, établi selon un modèle réglementaire qui sépare les prestations obligatoires des prestations optionnelles. Demandez-en deux ou trois : le délai légal de 14 jours laisse le temps de comparer, et rien n'oblige à retenir l'entreprise que l'hôpital, la maison de retraite ou la mairie a contactée en premier. Le choix de l'opérateur appartient à la famille.

L'inhumation : tout se joue au cimetière

Une concession est un emplacement loué à la commune pour une durée déterminée. Selon les communes, on trouve des concessions temporaires (de 5 à 15 ans), trentenaires, cinquantenaires et, de plus en plus rarement, perpétuelles. Le tarif est fixé par le conseil municipal et varie énormément : quelques centaines d'euros pour une trentenaire dans un village, plusieurs milliers dans une grande ville, et bien davantage dans les cimetières parisiens. Certaines communes perçoivent en plus une taxe d'inhumation.

Vient ensuite la question du caveau. La pleine terre est la solution la plus économique : le cercueil est descendu directement dans la fosse. Le caveau, construction maçonnée qui accueille plusieurs cercueils, coûte souvent entre 1 500 et 5 000 € selon le nombre de places, mais il sert à toute une famille sur plusieurs générations. Le monument funéraire peut attendre : beaucoup de familles le commandent plusieurs mois après les obsèques, une fois le terrain stabilisé et la trésorerie retrouvée.

La crémation : moins chère, mais pas gratuite

Plus de quatre obsèques sur dix passent aujourd'hui par la crémation, et le prix n'y est pas pour rien. Elle supprime la concession, le caveau et le monument. Restent le cercueil (obligatoire, même pour une crémation), le transport jusqu'au crématorium, la redevance du crématorium et l'urne.

Le coût ne s'arrête pas forcément là. Depuis 2008, les cendres ne peuvent plus être conservées au domicile : elles doivent être inhumées, déposées dans une case de columbarium, scellées sur un monument ou dispersées en pleine nature (la dispersion se déclare à la mairie de la commune de naissance du défunt). Une case de columbarium ou un emplacement dans un jardin cinéraire se loue, comme une concession, à des tarifs fixés par la commune.

Paris, province, campagne : le même service à trois prix

À prestations identiques, des obsèques en Île-de-France coûtent couramment 20 à 40 % de plus qu'en province, et c'est encore plus vrai pour la concession. À l'inverse, en zone rurale, les prix des agences et des cimetières sont souvent plus bas. Le simulateur applique ces écarts régionaux, mais rien ne remplace un devis local : pour un même cercueil, les marges varient d'une enseigne à l'autre bien plus que d'une région à l'autre.

Qui paie ? L'ordre des choses

En principe, les frais d'obsèques sont une dette de la succession : c'est l'argent du défunt qui paie. Pour éviter aux proches d'avancer la somme, la personne qui organise les obsèques peut demander à la banque du défunt de régler la facture directement sur son compte, dans la limite du solde disponible et de 5 965 €, sur présentation de la facture. Ce plafond est revalorisé chaque année.

Si le compte ne suffit pas, les héritiers paient, chacun à proportion de sa part. Ceux qui renoncent à la succession ne sont pas tout à fait libérés pour autant : le Code civil prévoit qu'un héritier qui renonce reste tenu de payer les frais funéraires de ses ascendants ou descendants, à proportion de ses moyens. Lorsque le défunt n'avait ni ressources ni proches en mesure de payer, la commune du décès prend en charge des obsèques simples.

Côté fiscalité, les frais funéraires viennent en déduction de l'actif de la succession, dans la limite de 1 500 €, ce qui allège un peu les droits à payer. Pour l'ensemble de la facture successorale, voyez le simulateur des droits de succession et notre guide sur le coût du notaire pour une succession.

Les aides qui existent vraiment

La principale est le capital décès de l'Assurance maladie. Son montant est forfaitaire, 4 009 €, quel que soit le salaire. Il est versé si, dans les trois mois précédant le décès, le défunt était salarié, chômeur indemnisé, en arrêt de travail ou titulaire d'une pension d'invalidité. Un retraité qui ne travaille plus n'y ouvre donc pas droit, ce qui écarte la majorité des décès. Les personnes qui étaient à la charge du défunt (conjoint, enfants, ascendants) sont prioritaires et ont un mois pour le demander ; passé ce délai, ou à défaut de personne à charge, le conjoint, puis les enfants, puis les parents ont deux ans. La demande se fait avec un formulaire auprès de la CPAM ou de la MSA.

Le reste dépend des contrats du défunt, et il faut les chercher. Beaucoup de mutuelles et certains contrats de prévoyance d'entreprise prévoient une allocation obsèques ou un capital décès complémentaire. Les fonctionnaires ont leur propre capital décès. Un contrat d'assurance vie peut aussi exister sans que la famille le sache : l'Agira permet de rechercher un contrat dont on pense être bénéficiaire. Enfin, le centre communal d'action sociale (CCAS) accorde parfois une aide ponctuelle aux familles modestes.

Un exemple chiffré

Prenons une salariée décédée à 58 ans, en province. Sa famille opte pour une crémation de niveau courant. La facture s'élève à 4 300 €. Comme elle travaillait, son mari peut demander le capital décès de 4 009 €. Le reste à financer tombe à 291 €, et la banque peut le régler sur le compte de la défunte.

Même famille, mais une retraitée de 82 ans et une inhumation avec caveau neuf et monument : 8 700 €, et aucun capital décès de la CPAM. Le compte de la défunte couvrira au mieux 5 965 €, le solde sera réglé par la succession ou avancé par les enfants. C'est typiquement le cas où un contrat obsèques, souscrit des années plus tôt, aurait changé la donne.

Faut-il souscrire un contrat obsèques ?

Un contrat obsèques est une assurance qui verse un capital au décès pour financer les funérailles. Il en existe deux familles. Le contrat en capital verse une somme à un bénéficiaire (un proche ou une entreprise de pompes funèbres), sans détailler les prestations. Le contrat en prestations fixe à l'avance le déroulé des obsèques avec un opérateur désigné, et c'est lui qui recevra le capital.

Le calcul est simple à faire, et il est souvent défavorable aux souscriptions tardives : à 70 ans, des cotisations mensuelles payées pendant vingt ans peuvent dépasser le capital garanti. Avant de signer, comparez le total des cotisations au capital, vérifiez la revalorisation et le délai de carence. Le simulateur de prévoyance obsèques fait cette comparaison, et un livret d'épargne dédié reste une alternative à considérer.

Questions fréquentes

Souvent 4 000 à 5 000 € pour des obsèques de niveau courant en province, et plus de 8 000 € pour une inhumation avec achat d'une concession, d'un caveau neuf et d'un monument. L'Île-de-France est 20 à 40 % plus chère.

La crémation, en général, car elle évite la concession, le caveau et le monument. Une inhumation en pleine terre, sans monument dans l'immédiat, s'en rapproche.

Oui, la banque peut régler la facture des obsèques sur le compte du défunt, dans la limite du solde et de 5 965 €, sur présentation de la facture.

Le capital décès, de 4 009 €, si le défunt était salarié, chômeur indemnisé, en arrêt de travail ou invalide dans les 3 mois précédant le décès. Les retraités qui ne travaillent plus n'y ouvrent pas droit.

Non, pas dans le cas général. Ils sont souvent proposés d'office sur les devis : vous pouvez les refuser.

Estimez le coût des obsèques

Inhumation ou crémation, région, niveau de prestation.

Coût des obsèques Prévoyance obsèques Droits de succession